Mise en pièces
François Cheval,
Novembre 2020

Mise en pieces is an original body of
work combining self-portraits of the artist,
still lifes and images taken during cosmetic
surgery. Breast prostheses, lamb’s brains
and rose petals invade the space to form a
whole.
Here we are confronted with these
fragmentary remains — objects of a luminous
metamorphosis, supercharged by effects of
contrast and brilliance. The same image
leads to several worlds. Flesh is the
meaning. Meaning is the flesh. Sense invades
the space, spreading like silicone seeping
into the tissues of a mutant body.
The photographer cuts, grabs, lifts and
assembles. The «tearing apart» resembles
a distortion of reality. Of this we are
all made: flesh, nerves, guts, bones and
cartilages. But where descriptive monstrosity
darkens, Lucile Boiron transfigures reality. By
mastering the light, she gives us the materials
from their own point of view. The photographer
turns to the substance itself, given as it is,
original.
Each photograph is no longer attached to prior
knowledge but to an entanglement of feelings
and questions. Close-up vision suggests no
solution; it leads us to the essence of matter,
bubbling or peaceful, but always alive.
To those who would see only an aesthetic
play on the body or an ironic commentary on
modernity, Lucile Boiron challenges to oppose
the desire to grasp things independent of their
cultural meanings. Simply consider the things,
and let go of aesthetic presuppositions in
favor of an endless exploration of the living
Mise en pièces est un corpus inédit,
mêlant autoportraits de l’artiste,
natures mortes, et images réalisées lors
d’opérations de chirurgie esthétique.
Prothèses, cervelle d’agneau, pétales de
rose envahissent l’espace pour former un
seul et même tout.
Nous voilà face à ces restes fragmentaires,
objets d’une métamorphose lumineuse,
suralimentés par des effets de contraste
et de brillance. Une même image conduit
plusieurs mondes La chair est le sens. Le
sens est la chair. Un sens qui envahit
l’espace se répandant comme la silicone
s’infiltre dans les tissus d ‘un corps
mutant.
La photographe découpe, happe, soulève et
aboute. La « Mise en pièces » s’apparente à
une distorsion de la réalité. De tout cela
nous sommes faits, de chair, de nerfs, de
boyaux, d’os et de cartilages. Mais là où la
monstruosité descriptive assombrit, Lucile
Boiron transfigure le réel. En maîtrisant
la lumière, elle nous livre les matières de
leur propre point de vue. La photographe se
tourne vers la substance même, qui se donne
comme telle, originelle.
A chaque photographie s’attache non
plus une connaissance préalable mais
un enchevêtrement de sentiments et
d’interrogations. La vision au plus près
nous mène à l’essence de la matière,
bouillonnante ou apaisée, mais toujours
vivante.
A ceux qui ne verraient que jeu esthétique
sur le corps ou ironie sur la modernité,
Lucile Boiron oppose la volonté de saisir
les choses elles-mêmes indépendantes de
leurs significations culturelles en se
défaisant des présupposés esthétiques au
profit d’une exploration sans fin du vivant.