Raw Theater
François Cheval,
June 2019

Lucile Boiron explores and exhausts fragments of esh, these moments when human nature appears for what it is, that is, perishable. Far from making an inventory of the feeling of revulsion, she questions the body’s biological truth, and attempts a photographic answer to the issue of good and bad taste.

Bodies, to which we no longer pay attention, here remind us of their true condition: territories where states are shared, yet unique, bearing traces of stories that the skin alone is able to understand.

Decomposition: when something that is already dead parodies life, when a repugnant tissue is left to rot. Flesh has its own logic: it sucks and swallows, engulfs, rejects itself and eventually disintegrates, transforming from solid to liquid state. The photographer’s still lives wander between these two states, indeterminate as are bodily uids.

They gure a visual feast, a cannibal sight, the pleasure to tear and to maul. The women Lucile Boiron photographed devour the world from its nerve center. The close-ups lead us to the very core of our origins. These scenes have taken place from time immemorial with inexplicable delight, involving hands, mandibles and every single muscle. Each of these women relish in discovering savagery over and over again.

Here, the socialized body revolts, relentlessly. It reveals itself as both the seat of reality and the subject of photography. It becomes a language, accumulates inscriptions. Pleasure and vermin are the horizon of our daily lives fraught with humors. On and under the skin, where it encounters the meat, swarms of strange entities proliferate. Lucile Boiron searches for the itches, the ushing skin, the varicose veins... In the real world there is no such thing as scarlet skin, only emanations of it, which are then interpreted as signs. Those signs we reject in disgust, because we consider them degrading.

Entrails, raw meat, decomposing fruit: these images haunt and revolt us. There is an ambivalent seduction to ugliness and repulsion, arousing our desire for the animality and the morbid pleasure found in contemplation.

What emerges on the skin, against what morality teaches us, does not result from internal disorder or in icted punishment. Photography, however, nds it somewhat dif cult to face scabs, discharges and scars, for it only sees them as the mirror of the soul. Poor Job covered in ulcers knows the price of his redemption. Driven by a psychological approach to the body’s representation, we are quick to consider it guilty and improper. Wrinkles, spots, calluses and smallpox scars are thought to be metaphorical realities, indisputable marks of faults committed and shamefully admitted by their possessors.

Here, the body is as real as it can get. For this is how men live...


Théâtre du cru
François Cheval
Juin 2019

Lucile Boiron explore et épuise des fragments de chairs, des instants où la nature de l’homme apparaît pour ce qu’elle est avant tout, corruptible. Loin de dresser un inventaire de la révulsion, elle interroge la vérité biologique des corps, réponse photographique à la question du bon et du mauvais goût. A nous qui ne le voyons plus, le corps rappelle sa véritable condition, un territoire porteur d’états partagés mais uniques, vecteur des traces d’histoires que seules les peaux éprouvées comprennent.

Quand la chose déjà morte parodie le vivant, la décomposition livre à la pourriture une matière qui répugne. Dans une logique qui lui est propre, la chair se suce et s’avale, s’engloutit, se rejette pour se désagréger, migrant de l’état solide à l’état liquide. Comme les fluides corporels, les natures mortes de la photographe errent entre ces deux états indéterminés.

Festin visuel, vision cannibale, bonheur d’arracher et de déchiqueter. Les femmes photographiées par Lucile Boiron dévorent le monde depuis le siège du sensible. Le gros plan conduit au cœur même de l’origine. La scène se joue depuis des temps immémoriaux, avec une jouissance inexplicable, avec les mains, à l’aide des mandibules et de tous les muscles. Toutes rejouent avec délectation les moments de redécouverte du sauvage.

Ici, le corps socialisé ne cesse de se révolter. Il laisse entrevoir qu’il est le siège du réel, le sujet de la photographie. Il se mue en langage, accumulant les inscriptions. Le plaisir et la vermine forment l’horizon d’un quotidien parsemé d’humeurs. Sur et sous la peau, au contact de la viande, une infinité d’entités étranges prolifèrent. Lucile Boiron traque les démangeaisons, les rougeurs, les varices... Il n’y a pas dans le monde réel de peau écarlate, on n’y rencontre que des émanations qui s’imposent alors comme signes. Des signes que nous rejetons, par dégoût, parce que nous les considérons comme avilissants.

Ambivalence séduisante du laid et du répugnant suscitent un plaisir à rejouer l’animalité et jouissance morbide de la contemplation. Asticots grouillants, viande crue, fruits en décomposition, ces images lancinantes obsèdent autant

qu’elles révulsent. Les émergences cutanées, contrairement à ce qu’en dit la morale, ne sont pas la conséquence de dérèglements internes ou une punition infligée. La photographie a quelques difficultés à affronter croûtes, écoulements et cicatrices. Elle n’y voit qu’un miroir de l’âme. Le pauvre Job recouvert d’ulcères sait quel est le prix de sa rédemption. La psychologisation de la représentation du corps a cette fâcheuse tendance à le considérer comme potentiellement coupable et impropre. Rides, boutons, durillons, traces de petite vérole seraient des réalités métaphoriques, les stigmates indiscutables de fautes commises, aveux des turpitudes de son propriétaire.

Ici, il est au plus près du réel, car c’est ainsi que les hommes vivent...